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01/06/2010

La dame de Shanghaï, de Orson Welles (1948)

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Le marin Michael O'Hara (Orson Welles), croise un jour le chemin de la belle Elsa (Rita Hayworth) qu'il sauve d'une aggression par des voyous. Pour le remercier, le mari d'Elsa, Arthur Bannister, lui propose un poste sur son yacht lors d'une longue croisière. Michael, tombé sous le charme d'Elsa, finit par accepter. Sur le yacht se trouve également l'associé d'Arthur Bannister, Georges Grisby. Ce dernier va alors faire une étrange proposition à Michael : mettre en scène son propre meurtre afin qu'il puisse disparaître. Grisby est prêt à lui verser 5000 dollars en échange.

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Revoir "La dame de Shanghai" m'a fait la même impression que la première fois. Pas très passionnant au début, il devient génial à la fin. Ceci est dû au fait que les pions mettent un certain temps avant de se placer sur l'échiquier. Car il est important de bien connaître la psychologie des personnages pour que l'intrigue prenne. Michael O'Hara, incarné avec grand talent par le génial Orson Welles, un marin costaud mais sans argent qui n'arrive pas à sortir de sa tête la vision de "la dame qui revient de Shanghaï", Elsa, jouée par la mascotte féminine d'Hollywood de l'époque, Rita Hayworth. Son mari, Arthur Bannister, avocat de renom qui défend des criminels, son associé, Grisby, au comportement étrange ou encore le domestique, Broome, qui semble cacher quelque chose. Les conditions ne sont vraiment pas idéales pour Michael qui tente néanmoins de vivre sa romance avec Elsa.

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Ce n'est qu'au bout d'une demie-heure que l'on commence à voir apparaître les ficelles des marionnettes et que l'on sent l'ombre d'une manipulation au-dessus de certains personnages. Mais le manipulateur n'est pas toujours celui qu'on croit et le scénario réservera quelques bonnes surprises. Orson Welles est excellent dans son rôle de marin irlandais, le film est évidemment à voir en V.O. pour profiter au maximum de son jeu d'acteur. Rita Hayworth, bien qu'avec les cheveux courts et teinte en blonde, est terriblement crédible en femme fatale. Même Everett Sloane qui n'est pas très connu, incarne très bien Arthur Bannister, l'avocat froid et terrifiant.

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L'histoire se termine par une scène complètement culte, dans un palais des glaces, où chacun règle ses comptes. Cette scène est très riche au niveau symbolique, comme le sont d'ailleurs beaucoup d'autres passages du film (la métaphore de Michael sur les requins, ou encore la scène du procès pour meurtre...). Chaque plan de ce final grandiose peut être interprêté différemment : tous les miroirs montrant l'arrivée d'Arthur comme pour signifier "vous êtes cernés", ou l'image d'Elsa qui se démultiplie à l'infinie comme pour accentuer son désespoir. A chaque fois que je revois cette scène, je la trouve mieux que la fois précédente. On a beau dire que "Citizen Kane" (1941) était novateur au niveau de la réalisation (c'est également un film fait par Orson Welles), je trouve que "La dame de Shanghaï" a beaucoup plus de qualités.

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Réplique culte : "With these mirrors, it's difficult to tell. You ARE aiming at me, aren't you ? I'm aiming at you, lover. Of course, killing you is killing myself. It's the same thing".

"La dame de Shanghaï" est un très bon film. Le début un peu mou est largement rattrapé par un final superbe. Un excellent choix pour qui voudrait découvrir Orson Welles.

Fiche technique :

  • Titre : La dame de Shanghaï
  • Titre original : The lady from Shanghaï
  • Film américain
  • Année 1948
  • Genre : drame
  • Réalisateur Orson Welles
  • Acteurs principaux : Orson Welles, Rita Hayworth, Everett Sloane
  • Durée : 1h27

19:49 Publié dans Cinéma | Commentaires (9)

Commentaires

c'est vraiment vieux!! je sais pas si j'apprécierais ce genre de film, mais pourquoi pas...

Écrit par : franky | 02/06/2010

Vieux films Si tu as envie de découvrir des vieux films, je pourrais te passer "Douze hommes en colère". La critique est dans l'index, honnêtement, c'est un des plus grands films de tous les temps.

Comme je connais un peu tes goûts, je sais que des vieux chanbara, tu aimerais aussi, comme "Rashomon", les "Zatoichi" avec Shintaro Katsu ou encore "Après la pluie".

Écrit par : Seb | 02/06/2010

Super critique... pour ce film culte, avec un Orson Welles toujours mystérieux (il était en plein divorce avec Rita Hayworth lors du tournage de ce film!)... Merci, ça me donne envie de le revoir (j'ai revu récemment "The third man"... prodigieux!)

Écrit par : Caroline | 05/06/2010

A Franky : il n'y a pas de vieux films, il y a des bons et des mauvais films c'est tout (pour paraphraser les inconnus au sujet des chasseurs) . J'ai revu récemment ce film en Dvd et je lui trouve les mêmes défauts que la première fois que je l'ai vu à savoir que l'intrigue manque de cohérence (je ne critique pas les intrigues complexes, par exemple, J'ADORE "la soif du mal" du même Welles dont l'histoire est, aussi, assez tordue mais qui tient parfaitement debout) ce qui, à mon humble avis, affaiblit un peu le film. C'est-à-dire que Je ne comprends pas trop la logique du personnage joué par Glenn Anders (Grisby) dans le cas ou, dans la logique des choses, ç'aurait été Bannister qui se serait fait tuer, en quoi la déclaration d'O'hara aurait été un alibi... Faut qu'on m'explique. Ceci dit, à part ces quelques réserves, très grand film évidemment avec une Rita Hayworth au sommet de sa beauté.

Écrit par : Ben | 14/11/2010

j'ai mal formulé mon commentaire,...désolé, cependant il faut quand même penser que ce genre de film sont, pour certaine personne (comme moi) quelque peu démodé ou pessimiste.
il est vraie que je ne suis pas un cinéphile accompli, ayant vu ou apprécié ces "chefs-d'œuvre" du passé. comme la plupart des gens qui viennent ici.
pour moi, Les films des années 1930 et d'après guerre s'intéressent aux problèmes sociaux et au sort des plus démunis. d'ailleurs plus de 5000 films ont été tourné dans ce marasme économique. la majorité des films réalisées avaient souvent des fins dramatique ou avec un morosité et un pessimisme affirmé.
moi étant bien ancré dans mon époque, j'apprécie vraiment de voir les poussés technologiques car il donne a l'imagination de nouvelles perspectives pour allez toujours plus loin dans des scénarios. certes, beaucoup sont des déchets sans nom, des trucs qui font même pas rire pris au second degré, mais bon... d'autres, en revanche bouscule les fondements même de réalisation. (ex; star wars "le tout premier"). et nous fait rentrer dans une nouvelle ère bien plus complexe dans une réalisation.
je suis désolé, mais je déteste tout ce qui est dramatique, je ne pourrais jamais vraiment apprécier cette époque et ces "chefs-d’œuvre", notre monde est bien trop triste pour en voir encore plus au cinéma. Même maintenant j’évite de voir ce genre de réalisation, ça m’agace ou me perturbe…
l'imagination est une échappatoire de la réalité, notre seul moyen de voir autre chose que la vie "vraie". corrompre cette imagination par du réel c'est vraiment pas mon truc.

Écrit par : franky | 22/11/2010

Ton postulat de départ est faux. Tous les films tournés entre 1930 et 1950 ne sont pas des films dramatiques traitant de problèmes sociaux. Le cinéma à cette époque c'était aussi des comédies, films d'horreur, fantastiques, arts-martiaux etc...

Ce qu'a dit Ben, c'est simplement que l'époque à laquelle a été réalisé un film n'a rien à voir avec sa qualité. On trouve des navets et des chefs-d'oeuvre à toutes les époques. Tu parles de films qui bousculent les fondements de la réalisation, et bien tu peux en trouver entre 1930 et 1950. La sublime scène de fin de "La dame de Shanghai" en est un exemple.

Je suis comme toi, j'aime aussi la science-fiction et le fantastique. On peut trouver des vieux films de ce genre qui sont intéressants à regarder. De même, il y a beaucoup de vieux films qui, même s'ils ne te permettent pas de t'évader de la vraie vie, sont particulièrement bien construits et font passer un bon moment. Sans être des drames, il peut s'agir de thrillers, de polars ou même de films fantastiques. Toi qui aime les vampires par exemple, il y a plein de vieux films sur le sujet. Je ne garantie pas leur intérêt par contre, j'en ai vu aucun (même pas "Nosferatu", oui, je sais, honte à moi).

Je suis donc sûr que c'est simplement une idée que tu te fais, la preuve, c'est que tu as apprécié "La légende de Zatoichi" qui est un film en noir et blanc. Il faudrait que je retrouve le film "Seppuku". Il date de la même année, 1962. C'est une critique acerbe sur la vie des gens à l'époque Edo, notamment les samourais et leur code d'honneur. Niveau évasion c'est zéro mais pour moi c'est le meilleur chanbara que j'ai jamais vu. Je suis sûr que tu aimerais aussi.

Écrit par : Seb | 22/11/2010

Oui, honte à toi qui n'a jamais vu Nosferatu !
Quand je pense qu'un jour j'ai vu le DVD à 2€ et que j'ai hésité à l'acheter. Je regrette d'avoir loupé cette occasion :(

Écrit par : cat | 23/11/2010

Voilà, mais en fait c'est de ta faute si je ne l'ai jamais vu ! Débrouille-toi pour le retrouver que je puisse te l'emprunter :-D

Écrit par : Seb | 24/11/2010

C'est marrant, c'est comme si dans les années 30-40, il n'y aurait eu que des films dans le genre film noir comme "la dame de shangaï". De plus, ces films étaient minoritaires : pour ne prendre que le seul exemple d'Hollywood, il ne faut jamais oublier que le but était avant tout de divertir avec des films légers (dans le sens qu'ils aient tous un happy end et qu'ils célèbrent l'american way of life) : alors que l'Europe sombrait dans l'horreur, Hollywood saturait les écrans de comédies sentimentales, de musicals... c'est un complet contre-sens de penser que le cinéma dominant privilégiait le côté naturaliste, un type comme Rosselini, par exemple, même à l'intérieur du cinéma européen réputé plus intellectuel, avec le (très) déprimant "allemagne année zéro" était minoritaire (rien que dans son propre pays quand on sait ce qu'a pu être la comédie italienne). Et puis il y avait aussi, même si je ne connais assez mal, les films produit par la Hammer en Angleterre, pas mal de westerns, l'horreur avec Boris Karloff et Christopher Lee, des réalisateurs aussi étonnants que Jack Arnold...

Donc tu peux très bien préférer le cinéma contemporain (chacun ses goûts, hein) mais pas avec l'argument selon lequel, dans le passé, le cinéma dans son ensemble aurait soi-disant privilégié l'aspect dramatique au détriment de l'évasion dans la fantaisie, le fantastique ou la science-fiction. Lis le livre d'Ado Kyrou " le surréalisme au cinéma", ça changera ton regard sur le cinéma du passé. Je ne me considère pas non plus comme un cinéphile accompli et encore moins comme un spécialiste.

Écrit par : Ben | 03/12/2010

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