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30/03/2013

Hara kiri (Seppuku), de Masaki Kobayashi (1962)

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Au début du 17e siècle, le Japon connaît enfin la paix. Les guerres qui déchiraient le pays sont terminées et le Japon est unifié sous le règne du Shogun. Ce dernier mène une politique qui vise la dissolution des clans les plus puissants. Ainsi, des seigneurs sont déstitués et de nombreux samouraïs se retrouvent alors sans maître et deviennent des ronins. Alors que le nombre de ronins augmente de plus en plus, la rumeur dit que l'un d'eux s'est présenté chez un seigneur pour demander l'usage de sa cour afin de faire seppuku, le sacrifice rituel. Le seigneur, impressionné par le courage de cet ancien samouraï qui préfère mourir que de vivre dans la honte l'aurait pris à son service.

Depuis, plusieurs ronins feignent la volonté de faire seppuku dans le but d'obtenir l'aumône. C'est ainsi que Hanshiro Tsugumo, ronin, se présente au clan Li avec une requête similaire. L'intendant du clan Li, Saito Kageyu, lui raconte alors qu'il y a peu, un jeune ronin nommé Motomé Chijiwa est venu pour la même chose mais que le clan a été intraitable et que Motomé dû faire seppuku. Saito fait donc bien comprendre à Tsugumo qu'il n'y aura pas d'aumône et que s'il insiste dans sa requête, il devra aller jusqu'au bout du rituel. Tsugumo répond à Saito qu'il n'a pas à s'inquiéter, car il est bien venu ici dans le but de mettre fin à ses jours.

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Je voulais revoir ce film depuis très très, mais alors très longtemps. Devenu complètement introuvable puisqu'il n'a jamais été édité en DVD, il aura fallu attendre que le réalisateur Takashi Miike en fasse un remake (moins bon) fin 2011 pour que l'original soit enfin édité, en bluray. J'ai du mal à comprendre comment un chef d'oeuvre pareil a pu tomber ainsi dans l'oubli. Certes, le réalisateur n'est peut-être pas axcessivement connu, pourtant ce film est ce que je considère tout simplement comme le meilleur chanbara que j'ai jamais vu ! Explications.

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Ce film est original sur bien des points. Tout d'abord par le sujet abordé qui va à l'encontre de ce que l'on trouve habituellement dans le genre, à savoir une mise en avant du bushido, le code d'honneur du samouraï, au travers d'un ou plusieurs personnages toujours prêts à défendre la veuve et l'orphelin. Ici, l'auteur fait une critique très acerbe de ce code d'honneur, ce qui est plutôt inhabituel dans un pays où la culture repose en grande partie sur les traditions et le respect de valeurs ancestrales. Ce que l'on pressent d'abord comme une simple vengeance (car il est révélé assez tôt que Tsugumo est lié au jeune samouraï Motomé qui dû faire seppuku) va en fait bien plus loin. Tsugumo va utiliser le fameux code de l'honneur dont le clan Li est si fier pour les détruire de l'intérieur. Ils vont se retrouver face à un dilemme impossible à résoudre : soit reconnaître que les valeurs qui font toute la grandeur du clan ne sont qu'une façade, soit accepter purement et simplement la déchéance de tout le clan. Un plan savamment orchestré par Tsugumo mais qui ne sera pas révélé tout de suite.

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La deuxième originalité est la narration qui est découpée en de nombreux flashbacks. Tsugumo parvient à obtenir de l'assemblée de pouvoir raconter son histoire avant de commencer le rituel. C'est ainsi que l'on apprend la relation entre lui et Motomé, de même que la véritable raison de la demande de ce dernier. Ces flashbacks occupent une grande partie du film et permettent de comprendre petit à petit les véritables intentions de Tsugumo. Le fait d'alterner entre présent et passé donne une meilleure fluidité à l'ensemble car le film est long (plus de deux heures) mais du coup il n'y a pas de longueurs, tout est bien rythmé.

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Ce qui rend l'histoire encore plus intéressante à suivre, c'est bien évidemment Tatsuya Nakadai, l'acteur célèbre qui incarne Tsugumo, qui a joué dans plus d'une centaine de films dont de nombreux chanbaras réalisés par le non moins célèbre Akira Kurosawa ("Yojimbo", "Kagemusha", "Sanjuro"...). Acteur parfait pour ce rôle qui en impose réellement à l'écran et qui rend tout à fait crédible ce personnage qui tient en respect toute l'assemblée au seul son de sa voix. C'est ce qui fait tout l'intérêt du film, de voir à quel point Tsugumo domine la situation et que son plan fonctionne à la perfection. C'est vraiment un régal à regarder.

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Le duel au milieu des herbes hautes, un classique du chanbara toujours apprécié !

Ce film est vraiment très bien monté, le scénario est excellent et il sait se démarquer des autres productions tout en conservant certains codes propres au genre. Bien que ce soit une adaptation d'un roman, le message qu'il transmet est clair et peut encore s'adresser à la société d'aujourd'hui. C'est une petite perle du cinéma japonais qui doit être vue absolument.

Fiche technique :

  • Titre : Hara kiri (Seppuku)
  • Titre original : Seppuku
  • Film japonais
  • Année : 1962
  • Genre : chanbara
  • Réalisateur : Masaki Kobayashi
  • Acteurs principaux : Tatsuya Nakadai, Rentaro Mikuni, Akira Ishihama
  • Durée : 2h15

19:54 Publié dans Cinéma | Commentaires (0)

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