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11/02/2014

Cloud Atlas, de Tom Tykwer, Lana et Andy Wachowski (2013)

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Différentes histoires se succèdent à travers le temps. En 1849, Adam Ewing, jeune avocat originaire de San Francisco, se rend dans des îles du Pacifique pour traiter des affaires pour le compte de son beau-père qui est esclavagiste. En 1936, Robert Frobischer est un jeune musicien anglais très doué qui se met au service du célèbre compositeur Vyvyan Ayrs et rêve de créer sa propre composition. En 1973, Luisa Rey, journaliste, mène l'enquête sur le meurtre d'un scientifique. En 2012, Timothy Cavendish, éditeur de 62 ans, se retrouve dans le pétrin à la suite de problèmes financiers. En 2144 à Neo-Seoul, Somni-451, une serveuse dans un restaurant est interrogée avant son exécution. 106 ans après la Chute, Zachry, membre d'une tribu primitive reçoit la visite de Meronym, une "Presciente" qui fait partie d'une civilisation technologiquement très avancée. Toutes ces histoires se passent à des époques et dans des lieux différents et pourtant, toutes sont liées entre elles.

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Tâche plutôt difficile que de parler de "Cloud Atlas". Il s'agit de l'adaptation du roman du même nom de David Mitchell, porté sur grand écran par ceux que l'on ne peut plus désigner comme auparavant par Les frères Wachowski (l'un des frère étant devenu depuis une soeur), on dira donc désormais simplement Les Wachowski (connus pour la trilogie "Matrix") associés au réalisateur Tom Tykwer. Difficile, donc, de parler de cette oeuvre étant donné sa complexité. Elle consiste, en effet, en plusieurs récits complètement indépendants les uns des autres, mais dont la narration est imbriquée.

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A chaque nouvelle scène, on change d'époque, et souvent de lieu, pour suivre l'histoire d'un autre personnage. Chaque histoire est d'un genre qui lui est propre. Par exemple, policier avec Luisa Rey, comédie avec Timothy Cavendish, science-fiction avec Somni ou encore fantastique avec Zachry. On alterne ainsi les genres sans arrêt, lorsque l'on change de personnage. Cela pourrait sembler gênant, voire maladroit, alors qu'en fait, c'est le point fort du film. Car les histoires, bien qu'indépendantes les unes des autres, ont en fait beaucoup de points communs.

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Tout d'abord, les thématiques abordées. A travers chaque récit, on remarque qu'il est question de privation de libertés, de lutte contre l'oppression, qu'elle soit physique ou psychologique, avec toujours le besoin de changer les choses, de faire ce qui est juste, même si c'est clairement la voie la plus difficile. On pense bien évidemment aux esclaves que rencontre Adam Ewing, à Timothy Cavendish qui se fait enfermer, à Somni, prisonnière de sa condition ou encore Robert Frobischer, dont le talent est réprimé. Chacun va vivre cela à sa manière et c'est là que la narration bien particulière de ce film dévoile toute sa magie. Lorsque des personnages si différents, situés dans des espaces-temps qui le sont tout autant, se mettent à vivre des situations identiques, la quasi-simultanéité de ces scènes à l'écran fait que l'on saisit alors le film dans toute sa plénitude.

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Ce sentiment est bien évidemment renforcé par le fait que les acteurs jouent plusieurs personnages, chacun à une époque différente. Et le casting de ce film est d'un luxe rare. Chaque acteur incarne donc une série de personnages souvent dans le même registre. Hugo Weaving, par exemple, a toujours le rôle de l'oppresseur, que ce soit le beau-père esclavagiste (1849), le tueur à gage (1973) ou encore l'infirmière tyrannique (2012). Halle Berry, à l'opposé, est plutot le personnage salvateur, comme Luisa Rey (1973) ou Meronym (2321). Tous les acteurs principaux sont ainsi présents dans presque toutes les époques : Tom Hanks, Hugh Grant, Jim Broadbent, Jim Sturgess... Certains sont même parfois méconnaissables d'un rôle à l'autre. C'est très réussi.

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Non seulement les acteurs sont présents dans plusieurs époques, mais certains personnages également. Comme par exemple l'amant de Robert Frobisher (1936) qui sera celui qui amorcera l'enquête de Luisa Rey (1973). Les liens sont parfois plus subtils, comme la scène où l'on voit Timothy Cavendish (2012) lire le manuscrit de l'histoire de Luisa Rey (1973) écrit par l'un de ses amis. Un détail parmi de nombreux qu'on ne peut remarquer qu'après plusieurs visionnages, tellement le film en regorge. D'autres liens sont, eux, plus évidents, comme l'histoire de Cavendish que ce dernier a transformée en film, qui sera visionné par Somni dans le futur.

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Si toutes les histoires sont ainsi liées entre elles, on remarque par contre qu'elles ne s'influencent absolument pas. Il n'y a donc pas de relation cause-conséquence entre les époques. Bien au contraire, on remarque que les erreurs du passé sont commises à nouveau, l'histoire se répète comme si tout faisait parti d'un grand schéma dans lequel chacun à sa place, son rôle à jouer. Encore une fois, les personnages choisissent souvent la voie la plus difficile, mais c'est parce qu'ils doivent le faire. Un passage du film résume d'ailleurs parfaitement ceci, à la fin de l'histoire d'Adam Ewing, quand il s'oppose à son beau-père esclavagiste et que ce dernier lui répond que le mouvement qu'il amorce est voué à l'échec, que cela n'aura pas plus d'effet qu'une goutte de pluie au milieu de l'océan, et Adam Ewing de rétorquer : "Qu'est-ce qu'un océan, si ce n'est une multitude de gouttes de pluies ?". Magnifique.

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Vous l'aurez compris, "Cloud Atlas" est un très grand film. C'est non seulement très beau, mais aussi construit avec beaucoup d'intelligence. Sa richesse est telle que chaque nouveau visionnage est bonifié. Un film aux qualités rares. Si ce n'est pas un chef d'oeuvre, on en n'est vraiment pas loin !

Fiche technique :

  • Titre : Cloud Atlas
  • Film allemand , américain , hong-kongais , singapourien
  • Année 2013
  • Genre : comédie, policier, science-fiction, fantastique, thriller, drame
  • Réalisateurs : Tom Tykwer, Lana et Andy Wachowski
  • Acteurs principaux : Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving
  • Durée : 2h52

02:27 Publié dans Cinéma | Commentaires (2)